Une militante à crampons

Depuis plusieurs années, sur et hors des terrains, la présidente d’Yverdon Féminin, meilleur dirigeant vaudois de l’année 2017, se bat pour l’égalité des sexes.

Si, plutôt qu’à Yverdon-les-Bains, Linda Vialatte avait vu le jour dans les plaines d’Ukraine ou à Paris, qui sait, les Femen, au lieu d’exhiber leur poitrine, arboreraient peut-être un maillot portant un numéro 7 floqué dans le dos, et Simone de Beauvoir, à défaut d’user sa plume, aurait peut-être mené ses combats en chaussures à crampons. Le fait est que si celle qui a récemment décroché le prestigieux Prix de la meilleure dirigeante lors de la dernière cérémonie du Mérite sportif vaudois est certes passionnée – c’est un euphémisme – par le monde du ballon rond, elle est aussi et peut-être avant tout une combattante – c’est encore un euphémisme – en faveur de la cause, plus précisément de la reconnaissance des femmes. Pour autant que le terme combat sous-entende des armes comme le dialogue, la négociation et l’éducation, à défaut de fumigènes, de battes de baseball et autres cocktails Molotov. Car « Linda Vialatte est quelqu’un d’intelligent qui ne fait jamais passer ses idées en force. Elle est très constructive », tout le monde vous le dira.

Des valeurs qu’elle a défendues et continue à défendre sur le terrain, en tant que joueuse jusqu’à ses 45 ans, mais également depuis le banc de touche où elle officie, depuis 1987, comme présidente du FC Yverdon Féminin. Cela, détail important, toujours à titre bénévole – parce que de nos jours les hélicoptères sont toujours réservés aux présidents – et à côté de son emploi d’infirmière à 80 % au sein des Établissements hospitaliers du Nord vaudois, sur le site de Chamblon. Une carrière de soignante qu’elle embrassa au milieu des années septante, poussée par ce besoin d’aider, de soutenir, de partager et de transmettre.

Où l’on apprend le nom de sa fée

Des valeurs et une rage de rétablir les égalités qui ne sont pourtant pas innées chez Linda Vialatte. Non, la presque sexagénaire au regard aussi joyeux qu’aiguisé, au sourire communicatif et à l’humour ravageur n’a pas eu droit, dans son berceau, à la visite de la fée Féministe. Sa fée, à elle, s’appelait Pelé ou Platini et c’est bien grâce – ou à cause – du football qu’elle a découvert, balle au pied, que ce monde était truffé d’inégalités. Car le football, chez les Vialatte, c’est une affaire de famille. À peine capable de tenir sur ses deux jambes, la petite Linda, dont le domicile familial est alors situé à quelques pas d’une pelouse, s’essaie à planter ses premiers buts. « Un truc naturel », pour celle dont le père, l’oncle et les deux frères ont tous été footballeurs, parfois au plus haut niveau. Alors, forcément, lorsque, à l’adolescence, elle désire elle aussi intégrer une équipe de football et qu’elle réalise que pour ce faire, il faudra se déplacer jusqu’à Échallens, quasi unique club féminin de la région, sa joie a un petit arrière-goût amer. Manifestement, il est plus facile d’assouvir cette passion lorsqu’on est un garçon. Aidée par sa mère, véritable modèle féminin qui, pour soutenir sa fille comme son combat, n’hésitera d’ailleurs pas, quelques années plus tard, à reprendre la présidence du club challensois, Linda décidera tout de même de faire les trajets. Mais alors bien décidée à se battre non seulement sur l’aile gauche pour marquer, mais également dans tous les espaces pour mettre un terme aux inégalités.

Où l’on apprend que cela évolue gentiment

Une mission colossale qu’elle mènera, toujours avec la même énergie, tant dans les milieux sportifs que dans le monde professionnel. Pour que les jeunes filles qui « quand même ne jouent pas si mal » puissent un jour s’éclater sur un terrain sans avoir à se faire interroger sur leur orientation sexuelle ou subir des remarques du genre : « Vivement l’échange des maillots. » Pour que les femmes aussi, à compétences égales, puissent un jour occuper des fonctions de cadres sans avoir à batailler plus que leurs collègues masculins. Bref, mettre un terme à toutes ces remarques, ces embûches qui, si elles ne touchent guère Linda, font toujours de nos jours, chez certaines, d’immenses dégâts. Et aussi absurde que cela puisse paraître, la route est malheureusement encore longue. Linda le sait.

Où l’on apprend qu’elle est un exemple

Mais restent les victoires. Infimes, certes, mais des victoires tout de même. La dernière Coupe du monde féminine de football qui, plus que tout autre avant, a connu un certain succès d’audience. La multiplication des équipes féminines dans notre pays et, pour certaines joueuses, la possibilité d’accéder à un véritable statut de professionnelle, même si, pour ce faire, il est encore nécessaire de passer nos frontières. Idem dans le monde du travail où, à un rythme de vétéran, les choses évoluent également gentiment. Plus de médecins, plus de cadres, plus de dirigeants que l’on peut appeler « Madame ». Oui, de petites victoires, mais que l’on doit à des femmes comme Linda.

Et puis il y a surtout eu ce soir de décembre dernier, à Nyon, où, devant un parterre composé de dirigeants sportifs, de politiciens et des siens, Linda Vialatte a décroché le Prix du meilleur dirigeant. « Un immense honneur, un moment plein d’émotion. » Cette pensée pour son papa, Claude, décédé en 1991 aussi : « C’est lui qui m’a transmis cette âme de dirigeante. Il aurait été très fier. » Cet exemple, surtout, pour toutes les femmes d’aujourd’hui et de demain : même si l’épreuve paraît insurmontable, même si parfois l’on perd espoir, les difficultés se doivent d’être affrontées. Chapeau bas, Madame Vialatte !

En 1981, Linda Vialatte a voyagé neuf mois en Asie du Sud-Est.

En plus de son rôle de présidente, elle est également infirmière.

Si elle doit son côté combatif à sa maman, c’est de son père qu’elle a hérité ses qualités de dirigeante.